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La peau vive

Frédéric Nauczyciel
  • Legendary Father David Revlon, filmage, Baltimore, 2014, photogramme © Frédéric Nauczyciel
  • Red Shoes (Kendall Mugler), 2015, série House of HMU, photogramme © Frédéric Nauczyciel
  • Casper Ebony, séance de filmage, Baltimore, 2014, photogramme © Frédéric Nauczyciel

17 films sur huit écrans plasma et 1 film sur un neuvième écran central de 6m de large en format 4:3, son double stéréo

 

Sur neuf écrans dans le noir, des images vidéos exposent au ralenti les parcours filmés le long de peaux, au plus près de leur grain, de leur texture. Peaux de velours, caressées par la lumière, peaux tannées ou hérissées, scarifiées, rehaussées, dessinées, les optiques macroscopiques suivent point à point les tracés polychromes. Des mots écrits en polices cursives ou des iconographies symboliques se logent dans les replis de ces fragments de corps entourant la base d'une nuque, irradiant un nombril, ponctuant d'étoiles, de déclarations d'amour, de crêtes, des chemins où l'oeil du visiteur finit par se fondre . Le corps comme surface miroitante et changeante, déroulé comme un territoire de proximité, avec ses paysages, forcément à connotations urbaines.

Le premier écran à droite en pénétrant dans la salle circulaire de la chapelle du musée d'art et d'histoire dévoile le making of du dispositif qui se déroule sur nos yeux. Casper Ebony, performeur rencontré par l'artiste dans le ghetto de Baltimore, s'initie à l'autofilmage pour représenter des fragments de son corps, « sans narcissisme, de son regard naîtra le mouvement »1. Sur sept autres écrans muraux de taille similaire les différents acteurs enregistrés à Baltimore ou en France, - performeurs, transexuels, artistes, poètes, danseurs -, sont en pleine activité de production de leur propre image, tout en livrant leurs pensées, racontant des histoires, énonçant des poèmes, performant un solo.

L'écran central, de 6 m de largeur, « compose un ré-échantillonnage, possible parmi d'autres, de l'ensemble » (1), balayant différentes parties charnelles monumentales qui respirent au rythme d'un son urbain, souffle qui accompagne l'image en mouvement qui sculpte au plus près l'épiderme. Une voix off introduit la scène d'ouverture et déclare «  By the time I am finished , my whole… At least my whole uper torso will be tatted. Fright and big. And then I have to go to my legs... »2

L'installation est conçue pour accueillir la présence de performeurs qui viennent l'activer à certains moments. L'écran central peut devenir le réceptacle de nouvelles images "construites à vue" (1). 

L'installation La peau vive invite à aller dans le sens de la liberté de son corps, de l'invention permanente de son mouvement, de son renouvellement, de vivre pleinement le moment des transformations, de produire ainsi son identité sexuelle et culturelle... et ainsi contextualiser sa vie dans un acte performatif, fabrique de genre, - tel que théorisé par Judith Butler3.

Depuis 2011 Frédéric Nauczyciel déploie cette construction « d'images collaboratives » nourries par la danse, le cinéma et la performance. La découverte de la pratique du « voguing » à Baltimore puis à Paris nourrit le fil de ce corpus de vidéos qui interrogent les stratégies de visibilité , et nous font entrer au coeur des manières d'exister dans la ville et d'y acquérir une reconnaissance, pour ce qu'on est.

 

Anne-Marie Morice

 

1 Frederic Nauczyciel, texte d'introduction à l'exposition

2 « Lorsque j'en aurai fini, tout… Au moins tout mon torse sera tatoué. Entièrement. Et alors je devrai descendre sur les jambes. »

3 Judith Butler, Gender Trouble, 1990

 

L’installation La Peau vive est l’aboutissement d’une résidence confiée à Frédéric Nauczyciel par le Département de la Seine-Saint-Denis et mise en œuvre par la MC93 sur le territoire départemental. Elle est produite par le Département de la Seine-Saint-Denis, la ville de Saint-Denis et le musée d’art et d’histoire, le CentQuatre-Paris, avec le soutien du CNC/ Ministère de la Culture (DICRéAM) et de la commission mécénat de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques.


 

Vu à

Musée d'art et d'histoire de Saint-Denis

du 23/03 au 29/05/2017

 

En savoir plus

http://www.fredericnauczyciel.fr

https://vimeo.com/fredericnauczyciel

https://artsvisuels.seine-saint-denis.fr

 

Voir aussi sur Transverse

La peau vive

http://www.transverse-art.com/node/56